Jean-François Prost


54 ans














Parmis toutes les questions qui habitent votre esprit en lien avec le vieillissement en ce moment, quelle est celle qui vous anime et que vous voudriez partager?

Quelles actions, architectures et aménagements favorisent l'arrêt comme condition et pratique urbaine pour une meilleure vie sociale et la construction du commun? Quelles typologies et formes urbaines devons-nous encourager ou dissuader pour réaliser des villes ouvertes, inclusives et participatives pour des personnes âgées et diverses minorités?


Partagez avec nous une image inspirante du vieillissement.

Récemment la nuit, j'ai vu un homme âgé seul dans un fauteuil roulant arrêté sur la rue Sainte-Catherine que les passants montraient du doigt en rigolant. Le public le trouvait étrange car il était là immobile un samedi soir sur cette importante rue commerçante pour contempler les citadins tout simplement et sans consommer. De mon côté j’ai trouvé cela attendrissant et courageux de la part de cet homme pas gêné d'être là et indifférent à ce qu’on pouvait penser de lui. Par sa présence sur ce trottoir étroit conçu essentiellement pour circuler il revendiquait son droit à la ville comme les autres passants. Cette action à la fois banale et singulière rendait son corps visible dans l'espace public.


En lien avec vos expériences, racontez nous un moment ou un événement significatif dans votre parcours de vie personnelle ou professionnelle qui a transformé votre perspective sur le vieillissement. À Mexico je me suis longuement intéressé aux arrêts pour leur contraste avec le mouvement incessant des gens et les structures afférentes dans les villes actuelles où on décourage et parfois même interdit une autoconstruction du temps et de l'espace. S'arrêter : geste de résistance et de résilience dans un monde conçu principalement pour encourager le travail, la consommation, la croissance perpétuelle et l’efficacité. L’arrêt comme pratique de la ville. Dans des villes de plus en plus élaborées pour dissuader les pauses et l’occupation oisive de sites désignés, l'arrêt apparaît comme un espace de rupture, de plaisir, d'intimité, ou simplement de nécessité et de repos. En vieillissant, une diversité de situations ou de lieux propices à l'arrêt permet d'envisager entre autres de parcourir une plus grande distance à pied pour effectuer des courses, visiter une personne, ou de se détendre pour apprécier davantage une rue. À Mexico l'aspect informel de la ville offre une multitude de lieux, d'objets et de kiosques facilitant la construction d'un rythme personnalisé. L'arrêt est individualisé et intégré de manière naturelle aux déplacements d’une personne. Une multitude de situations favorisent l'arrêt et ainsi la conversation, une activité fondamentale à maintenir avec l'âge si l’on désire vivre vieux et combattre la solitude, un problème particulièrement préoccupant en Amérique du Nord.

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