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Mathilde Benignus

Théâtre documentaire / Féministe et Queer / Collaboration / Conteuse (histoires personnelles et celles des autres) 33 ans  

Mathilde Benignus est née à Strasbourg, dans une région frontalière entre la France et l'Allemagne. Titulaire d’un baccalauréat en arts visuels et d’une double maîtrise en théâtre et en cinéma documentaire, elle développe une pratique multidisciplinaire.

Ses projets artistiques questionnent la place des femmes et le rapport à l’autre, les espaces de banlieues et les territoires mis à l’écart. Plusieurs de ses projets impliquent des ainé.e.s et nous invite à une réflexion à la fois collective et intime sur le vieillissement.

Parmis toutes les questions qui habitent votre esprit en lien avec le vieillissement en ce moment, quelle est celle qui vous anime et que vous voudriez partager?

Comment mieux vivre vieille ? Par cela j'entends : comment mieux prendre en compte les désirs et les besoins d'une population vieillissante à majorité féminine, en termes de logements, d'offre culturelle, d'indépendance et de soutiens financier ? Comment repenser leur utilité dans notre société ?

En lien avec vos expériences, racontez nous un moment ou un événement significatif dans votre parcours de vie personnelle ou professionnelle qui a transformé votre perspective sur le vieillissement.

J'ai eu la chance de travailler avec un acrobate-porteur il y a deux ans, en banlieue parisienne. Après avoir passé une petite annonce dans le journal local (devinez qui lit le journal local ? bingo : les personnes âgées) on est allé à la rencontre de dames âgées pour un "porté" particulier chez elles. La grande délicatesse de l'apprivoisement et l'ouverture de ces femmes, la confiance envers l'acrobate et son projet m'ont prouvé qu'elles avaient du courage à revendre...et beaucoup d'humour !

Lors de nos rencontres en octobre dernier, vous aviez imaginé poser des premiers pas, des premiers gestes. Pouvez-vous nous les rappeler? Pouvez-vous nous dire ce qui est arrivé quand vous les avez posés?

J'ai d'abord pensé à un échange épistolaire, mais j'avais du mal à l'imaginer en anglais, comme ce n'est aucunement notre langue maternelle. Et je trouvais nos échanges par petits groupes et même dans le chat, beaucoup plus vivants ! C'est à la fois la beauté et la difficulté d'être sur deux continents...les idées fusent mais les concrétiser prend du temps. J'avais surtout besoin d'écouter les autres, dans un premier temps.

Si, dans les prochains mois, on vous donnait le temps, l’énergie et les ressources nécessaires pour mettre sur pied un (nouveau?) projet ayant pour cœur nos questions communes, quel serait-il?

J'aimerais beaucoup réfléchir à l'idée de "vieillir seule, mais ensemble", avec un petit groupe de 4 femmes, d'âges et d'expériences différents. On parlerait de nos habitats rêvés et de ceux qu'on a déjà en plan ou qu'on veut concrétiser, dans une approche féministe et inclusive à toutes. Ce serait ça, notre "tabula rasa" : imaginer un monde où les femmes ainées ont vraiment la parole. Peut-être que ça prendrait la forme d'une radio communautaire, comme c'est un métier que je connais et que les gens aiment. C'est accessible une radio, c'est ça qui crée la communauté.

D’après vos expériences et vos expertises, où se trouve la vitalité, la curiosité, la force d’agir face aux réalités du vieillissement? 

La volonté d'agir vient de notre capacité à se projeter, même à 30 ans, dans notre futur en tant qu'ainées. C'est aussi s'entourer de gens qui le vive et qui peuvent en témoigner, ça donne une force immense d'écouter !