Acteur et artiste multidisciplinaire, entrepreneur culturel et social, innovateur social, proche-aidant pour ma mère, directeur artistique et général Un et un font mille, 49 ans  

La pratique artistique de François Grisé est multidisciplinaire. Elle englobe les codes du théâtre, de la performance, de l'installation et des arts visuels. Ses créations interrogent notre rapport à nous-mêmes, aux lieux, à l’espace individuel et collectif. Elles invitent à la rencontre et à la rupture des tabous devant des réalités évidentes mais mystérieuses comme la mort, l'appartenance au cycle de la nature et le vieillissement.

Ses œuvres posent les questions : Que se passe-t-il quand nous prenons le temps de questionner notre présence en ce monde? Elles interrogent et recadrent la nature temporaire et précaire de l'être vivant. Cette mise au jour de l’impermanence de notre existence amplifie la sensation et la conscience d'être en vie.

Parmis toutes les questions qui habitent votre esprit en lien avec le vieillissement en ce moment, quelle est celle qui vous anime et que vous voudriez partager?

Dans nos relations et nos réflexions par rapport au vieillissement, comment pouvons-nous demeurer conscients du fait que les aînés sont des humains autodéterminés, peu importe leurs circonstances?

Partagez avec nous une image inspirante du vieillissement.

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En lien avec vos expériences, racontez nous un moment ou un événement significatif dans votre parcours de vie personnelle ou professionnelle qui a transformé votre perspective sur le vieillissement.

Au moment où mes parents ont déménagé dans une résidence pour personnes âgées, j’en suis venu à réaliser que nous étions – mes parents, ma famille et moi-même – dans un déni profond par rapport au processus de vieillissement. Nous avons fait ce choix avec une sorte d’innocence accablée, comme tant de gens, c’est-à-dire de croire qu’il n’existe pas d’autres choix. Ce moment était comme un coup de tonnerre, quant à toute l’éducation et l’imagination dont nous devons faire preuve relativement à ces réalités, à tous les choix qui s’offrent à nous. Envers moi-même, avec mes parents, avec ma société. Ma perspective s’est transformée de plusieurs façons. C’était une occasion de prendre compte de notre manque de liberté dans notre manière d’envisager les nombreuses transitions et changements du vieillissement; une occasion de réaliser comment nous avons tendance à nous éloigner de la nature et des processus naturels; une occasion de découvrir les manières de regagner une capacité de réponse envers l’aspect naturel des choses. En outre, c’était une occasion de ressentir et de comprendre la presque impossibilité de vivre pleinement sa vie quand nous sommes – ou quand on nous fait sentir – déconnectés, isolés ou seuls. C’était l’impact le plus profond dans ma vie. J’ai pu ressentir et comprendre que le sentiment d’appartenance – envers soi-même, sa famille et ses différentes communautés – est une partie essentielle d’une expérience humaine saine à n’importe quel âge.

Lors de nos rencontres en octobre dernier, vous aviez imaginé poser des premiers pas, des premiers gestes. Pouvez-vous nous les rappeler? Pouvez-vous nous dire ce qui est arrivé quand vous les avez posés?

Un des pas que à poser était la présentation des événements-publics du forum Habitats. Ce qui est arrivé lors des présentations, c'est que j'ai pu sentir le réel besoin d'une communauté de réflexion.s et d'action.s. Il y avait aussi un sentiment d’engagement fort.

 

J'ai aussi pu constater qu'il y avait une forme d'expertise entourant la création et la mise sur pied d’habitations alternatives pour les aînés. Une expérience vraiment inspirante. Où je vois apparaître les débuts d’un mouvement devant des gestes à poser.

 

Le cœur des discussions était autour des sentiments d’inclusion, d’appartenance, du « pouvoir d’agir », de reconnaissance et de considération. Une question essentielle ressort aussi du lot : « Toi, qui vieillit, qu’est-ce tu veux? De quoi as-tu besoin pour vieillir mieux? »

 

Il y aussi eu tous les pas pour assurer la suite du forum. Il se concrétise et prend de l’ampleur. C’est excitant, épeurant, stimulant et prenant. Il est maintenant nécessaire de faire grandir l’équipe pour mener le forum à son plein potentiel.

 

Je constate aussi que nous ne sommes pas seuls. Que le projet a des échos. Plusieurs personnes, plusieurs groupes prennent actions devant les réalités du vieillissement dans la société québécoise. J’ai envie de les contacter, de les inclure.

Si, dans les prochains mois, on vous donnait le temps, l’énergie et les ressources nécessaires pour mettre sur pied un (nouveau?) projet ayant pour cœur nos questions communes, quel serait-il?

Je créerais un projet de POESIS qui tourne autour de la notion d’être en opposition à la notion d’agir. Pour saisir mieux la teneur de ce qui est souvent au cœur de la transition que vivent les aînés : être devant un changement de rythme, être devant le temps différemment.

 

C’est aussi une idée de projet qui vient de mon expérience d’être animé par une cause qui m’amène à agir beaucoup. J’aime ça, ça m’aide à passer à travers la pandémie et le deuil de mon père. J’ai aussi l’envie et le besoin du contrepoint : qu’est-ce qui arrive quand que je me permets « de ne rien faire? Quelle est l’expérience du rien? Qu’est-ce qui est là dans le « rien »? »

D’après vos expériences et vos expertises, où se trouve la vitalité, la curiosité, la force d’agir face aux réalités du vieillissement? 

La vitalité, la curiosité et la force d’agir se trouvent dans le fait de ne plus rester seul avec nos questions. Elles se trouvent aussi dans le fait de faire face avec plus de conscience, d’éducation, de sensibilité, d’écoute.

 

Ces notions se retrouvent aussi dans l’idée de prévention, pas seulement dans le sens de prévoir les dangers, mais dans le sens de clairvoyance : « Jugement clair, lucidité, perspicacité. » La définition de ce mot dans le contexte de la parapsychologie me frappe «  perception extrasensorielle d’événements présents. » Une définition de la pataphysique me revient : la science des solutions imaginaires.

 

Je pourrais donc dire que la vitalité, la curiosité et la force d’agir se trouvent dans un mélange de perceptions plus précises du présent, pour poser des gestes qui auront des impacts sur le futur, des gestes qui naîtront d’un imaginaire renouvelé.